Aborder le théâtre des peuples primitifs ne signifie pas aborder les origines du théâtre, mais ses différentes formes. Chez de nombreux peuples, notamment agricoles, les manifestations théâtrales sont liées à l’utilisation des cycles saisonniers avec une signification propitiatoire et rituelle claire. Une réalité mise en valeur par le célèbre poète et écrivain Maurice Pottecher à travers ses œuvres de théâtre. Il fut d’ailleurs l’auteur du « théâtre des peuples », un théâtre amateur créé pour le public local. Dans cet article seront examinées les représentations théâtrales de peuples primitifs.

Les Nahuatl

Chez les Nahuatl, un peuple éteint d’Amérique centrale, le retour de l’été était célébré par un spectacle de théâtre qui représentait et favorisait le renouvellement de la fertilité. Cela était organisé dans un lieu public. Au centre du village était planté un poteau d’environ quinze mètres de haut, au sommet duquel était placée l’image colorée du dieu de la fertilité. En dessous, sur une plate-forme, se trouvaient deux jeunes garçons attachés pour la vie à une longue corde enroulée autour du poteau. Dans l’espace en dessous, il y avait une danse populaire frénétique menée par soixante-dix hommes, dont certains étaient habillés en femmes. La danse fut soudainement interrompue par les deux jeunes garçons qui se jetèrent dans le vide avec une lenteur acrobatique, en suivant le parcours de la corde jusqu’au sol, où la danse reprit : la fertilité était revenue dans les champs.

Les Esquimaux

Ce ne sont pas seulement les peuples agricoles qui lient leurs manifestations théâtrales intenses à la station saisonnière, mais aussi certains peuples de chasseurs. Tout comme les Esquimaux qui habitent un lieu reculé au niveau du delta de la rivière de cuivre. Leur représentation théâtrale populaire est mise en exergue avec un drame complexe dans lequel, grâce à un narrateur, des acteurs jouant le mimétisme et un chœur de femmes, le vol est représenté d’abord et ensuite la libération des sources de lumière. Cette société atypique tire l’origine des bienfaits de la nature à travers la lumière et a su garder ce spectacle populaire dans le temps pour la nouvelle génération à venir.

Les Yamana

La périodicité des festivals de théâtre peut être liée à d’autres recours, autres que ceux de la nature, ou ils peuvent être totalement absents. Les Yamana sont un peuple qui a mis en scène son spectacle surtout à l’occasion des festivals d’initiation des jeunes. Cela, à travers un langage gestuel particulièrement intéressant et riche en significations.

Les pygmées bambous

Pour les pygmées Bambuti de la haute vallée de l’Ituri, au contraire, le théâtre est une forme de divertissement qui tient une place importante dans leur quotidien. Les petits hommes de la forêt y expriment le plaisir très civilisé d’être ensemble, de vivre sans chefs ni roi, ni autorité. Les pygmées bambous se considèrent comme un peuple libre, sans texte de loi pour dicter leurs règles.

Les pygmées du Gabon

Un peuple sans histoire est un peuple à l’abandon. L’histoire est la pierre angulaire de toute société. Les pygmées du Gabon par exemple, se souviennent plutôt de celui qui est mort en reproduisant les faits marquants de sa vie. Une représentation théâtrale rendue populaire pour la nouvelle génération souhaitant connaître ses ancêtres ou une tragédie qui a frappé la société d’antan. Cela permet de transmettre l’histoire de génération en génération et de le faire connaître au public au fil du temps.

Le théâtre australien

L’une des fonctions premières du théâtre australien est de transmettre aux débutants non seulement l’héritage culturel de la mythologie sans lequel le tissu social se dissoudrait, mais surtout les normes de comportement moral. Un exemple en est donné par le peuple Kulin, un peuple du sud du continent, où, lors des cérémonies d’initiation, il y a de fréquentes représentations de véritables drames éducatifs. Il s’agissait de pièce de théâtre dans laquelle les anciens montrent aux initiés à travers un langage bien défini, ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire maintenant qu’ils sont devenus des hommes.

Le masque comme instrument de pouvoir

Les Pygmées est un peuple qui n’utilise pas de masques. Leur théâtre est entièrement conçu en mimétisme et en voix, et les thèmes sont exclusivement la représentation de la vie animale et humaine. Mais lorsque ces formes de représentation font référence à la vie religieuse ou aux rites d’initiation, le masque devient un élément constant. Dans le théâtre des pygmées, même le public peut participer. Cependant, tout le monde n’a pas le droit de posséder un masque. Les femmes, par exemple, ne sont que très rarement autorisées à posséder et à utiliser des masques.

Le masque est considéré comme un instrument de pouvoir. Un pouvoir qui sera exercé de différentes manières et à différents niveaux. Par exemple, le nombre de masques utilisés par le peuple Kono de l’ancienne Guinée française est strictement établi, ainsi que leurs fonctions. Ils sont au nombre de quinze. Des sacrifices rituels leur sont dus. Lors de leurs sorties, ils sont toujours accompagnés par un groupe d’initiés, qui les servent. D’autres sont des esprits qui accomplissent une sorte de service public pour la communauté, pour maintenir l’ordre et l’hygiène. D’autres, enfin, sont des masques d’un personnage purement comique, qui interviennent dans les festivités, mais ne peuvent jamais rencontrer les supérieurs. Les masques du premier type appartiennent aux prêtres et aux guerriers et leur transmission est héréditaire.

Chaque masque a des caractéristiques métaphysiques, mais est aussi psychologiquement individualisé. La référence figurative des masques est le visage humain, plus ou moins déformé ; seul le masque des guerriers a une référence clairement animale : la chèvre. Celui qui porte les masques porte également un costume, formé d’une large et longue jupe en raphia et d’une sorte de châle, qui recouvre entièrement le corps : l’homme a disparu dans la divinité, les non-initiés ne savent pas que sous la forme divine il y a un prêtre.