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Au matin du 30 Avril 1943, un corps sans vie vient s’échouer sur une plage, à proximité de la ville espagnole d’Huelva. Il s’agit d’un homme, équipé d’un gilet de sauvetage et transportant une mystérieuse mallette, qui se serait apparemment noyé après que son avion se soit écrasé au large de la péninsule Ibérique.

Les autorités locales comprennent rapidement qu’elles ont affaire à un officier britannique, le major William Martin. A en juger par le contenu de son attaché-case, ce dernier transportait des documents top-secrets appartenant aux forces alliées.

L’Espagne entretenant des sympathies avec le régime hitlérien, les enquêteurs décident alors de contacter Adolf Clauss, un espion allemand opérant dans la région. Ce dernier parcourt à son tour les documents de la fameuse mallette et ne peut s’empêcher de jubiler. Il vient en effet de toucher le jackpot : la preuve écrite que les alliés vont simuler une attaque en Sicile pour écarter les troupes allemandes de leur véritable objectif : la Sardaigne.

Alors que la dépouille du major Martin est restituée aux britanniques, les informations récupérées par Clauss sont, elles, immédiatement transmises à Berlin afin que toutes les mesures soient prises pour stopper le plan d’invasion allié.

A ce moment-là, les nazis sont loin de se douter qu’ils viennent de tomber dans un piège. La vérité, c’est qu’il n’y a jamais eu de crash, jamais eu de noyade, jamais eu de major William Martin et que les troupes alliées ont bel et bien l’intention de débarquer en Sicile.

Pour Churchill, mettre la main sur la Sicile est en effet une étape indispensable si les alliés souhaitent reprendre le contrôle de la Méditerranée. Un débarquement est alors planifié sous le nom de code « Opération Husky ». Le problème, c’est que la concentration de troupes italiennes et allemandes sur l’île menace grandement les chances de succès d’une telle entreprise.

Les britanniques décident alors de lancer l’opération Mincemeat. Son objectif est de faire croire aux Allemands et aux Italiens que les troupes alliées comptent débarquer en Sardaigne pour ensuite ouvrir une voie d’invasion vers Gênes. C’est le capitaine Ewen Montagu qui est chargé de faire tomber les Allemands dans le piège. Pour ce faire, il décide de duper l’un de leurs agents, Adolf Clauss, en lui faisant croire qu’il a réussi à mettre la main sur des documents de la plus haute importance.

Montagu échafaude rapidement un scénario organisé autour du cadavre d’un officier fictif de la Navy. Pour mettre son plan à exécution, il lui faut maintenant un corps. Le candidat idéal se présente bientôt dans une morgue de Londres. Il s’agit d’un jeune sans-abri gallois appelé Glyndwr Michael. Décédé des suites d’une pneumonie, l’homme présente des poumons gorgés de liquide qui rappellent ceux d’un noyé. Qui plus est, l’individu est un paria dont personne ne remarquera l’absence. Décision est prise de dérober le corps.

Le 19 avril 1943, la dépouille de Glyndwr Michael est habillé d’un uniforme d’officier et d’un gilet de sauvetage. Dans une mallette attachée à sa ceinture, Montagu place les faux documents d’invasion ainsi que des effets personnels factices. Le corps est ensuite chargé à bord d’un sous-marin qui appareille pour l’Espagne.

C’est finalement le 30 Avril, à 4h30 du matin, que le corps du soi-disant major Martin est jeté à la mer au large de Huelva. Trois heures plus tard, il s’échoue sur une plage où il ne tardera pas à être découvert. La suite, vous la connaissez.

Le 9 juillet 1943, à la faveur d’une réorganisation des troupes allemandes en Méditerranée, les alliés débarquent avec succès en Sicile, marquant ainsi le début de la reconquête de l’Europe.