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Tout débute en Irlande, au milieu du XIXème siècle. A l’époque, les terres de l’île sont possédées par seulement 2% de la population, obligeant les fermiers à louer leurs champs à quelques nantis privilégiés.

En 1870, à la faveur d’un ras-le-bol généralisé, une organisation appelée l’Irish National Land League fait une entrée fracassante sur le devant de la scène politique. Son leader, Charles Stewart Parnell, revendique plus de justice et moins de précarité pour les exploitants agricoles locaux.

C’est dans ce contexte social explosif que le capitaine Charles Boycott, ancien militaire de l’armée britannique, s’occupe de la gestion quotidienne des terres de son employeur, le comte John Crichton.

Nous sommes à présent en 1880. Cette année-là, les locataires du comte viennent trouver Boycott pour lui demander de revoir à la baisse leurs loyers. En effet, les récoltes ont été particulièrement mauvaises et les fermiers sont littéralement pris à la gorge.

Les deux parties ne parviennent malheureusement pas à s’entendre. 11 paysans refusent alors tout bonnement de payer les sommes qui leur sont demandées et Boycott reçoit rapidement l’ordre de faire parvenir à chacun d’entre eux un avis d’expulsion.

Ce que le pauvre gestionnaire de terres ignore, c’est que trois jours auparavant, Parnell a donné un grand discours dans lequel il a invité la population à ostraciser tous ceux qui se dresseraient contre les intérêts de l’Irish National Land League.

Après avoir caillasser les policiers venus délivrer les avis d’expulsion, les fermiers décident d’appliquer le châtiment prévu par la ligue à Boycott et à tous ceux qui oseraient travailler avec lui.

Le gestionnaire de terres se retrouve rapidement abandonné de tous et ne parvient plus à trouver de main d’œuvre pour faire tourner l’exploitation dont il est responsable. Pire : il ne parvient même plus à se nourrir correctement car les locaux refusent de lui vendre de quoi manger.

Finalement, Charles Boycott n’a d’autre choix que de fuir pour Dublin. Malheureusement, son histoire a déjà fait le tour du pays et il est de nouveau « boycotter » par les dublinois favorables au combat mené par la ligue.

Dès lors il ne faudra guère plus d’une dizaine d’années pour que l’histoire, la pratique et le terme « boycotter » se répandent à travers toute l’Europe. En 1888, le mot fait finalement son entrée dans le prestigieux Oxford English Dictionary.

Quelques années plus tard, le capitaine Boycott décide de se rendre aux États-Unis pour y rencontrer des amis installés en Virginie. Devenu quelque peu paranoïaque, il réalise la traversée en bateau sous le nom de Charles Cunningham. Mais la presse américaine a vent de son arrivée et décide de publier son histoire à travers tout le pays, popularisant ainsi le terme boycott aux États-Unis.

Malgré toutes ces mésaventures, Charles Boycott ne gardera jamais d’amertume envers l’Irlande. Il continuera d’ailleurs à y passer ses vacances après l’avoir quittée pour s’établir en Angleterre.