La rupture conventionnelle, dispositif créé en 2008, permet à l’employeur et au salarié de rompre le contrat de travail d’un commun accord. Contrairement au licenciement imposé par l’employeur ou à la démission décidée par le salarié, elle nécessite un consentement mutuel libre. Comprendre ces différences permet d’identifier la procédure la plus adaptée selon chaque situation professionnelle.
Qu’est-ce que la rupture conventionnelle et quels sont ses principes fondamentaux ?
La rupture conventionnelle constitue un mode de séparation amiable entre l’employeur et le salarié, instauré par la loi portant modernisation du marché du travail de 2008. Ce dispositif, encadré par les articles L. 1237-11 et suivants du Code du travail, repose sur le consentement mutuel et libre des deux parties pour mettre fin au contrat de travail à durée indéterminée. Contrairement au licenciement ou à la démission, aucune des parties ne peut imposer cette modalité de rupture à l’autre.
Les conditions d’application et d’éligibilité
Ce mode de rupture s’applique exclusivement aux contrats à durée indéterminée. Selon l’article L. 1237-11 du Code du travail, la rupture conventionnelle ne peut intervenir pendant la période d’essai, ni concerner les contrats à durée déterminée ou les contrats spécifiques tels que les contrats d’apprentissage. Le principe du consentement libre et éclairé garantit qu’aucune pression ne peut être exercée par l’une ou l’autre des parties. Le salarié doit exprimer sa volonté de rompre son contrat en toute connaissance de cause, tout comme l’employeur doit accepter librement cette séparation.
Les objectifs du dispositif et son évolution
Le législateur a créé ce dispositif en 2008 pour offrir une alternative aux modes traditionnels de rupture du contrat de travail. L’objectif était de sécuriser juridiquement les séparations à l’amiable tout en permettant au salarié de bénéficier de l’assurance chômage. Depuis sa création, la rupture conventionnelle connaît un succès constant, confirmant l’intérêt des parties pour ce mode de séparation. Cette progression régulière témoigne de l’adaptation du droit du travail aux besoins des entreprises et des salariés, qui privilégient désormais les solutions négociées aux ruptures contentieuses.

Procédure et formalisme : les étapes obligatoires de la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle obéit à un formalisme rigoureux dont le respect conditionne sa validité. L’employeur et le salarié doivent suivre scrupuleusement chaque étape prévue par le Code du travail pour garantir la sécurité juridique de la procédure.
L’entretien préalable obligatoire
La procédure débute par au moins un entretien entre l’employeur et le salarié. Durant cet échange, les parties discutent librement des conditions de la rupture du contrat de travail. Le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise. En l’absence d’institution représentative du personnel, il peut recourir à un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. L’employeur bénéficie des mêmes droits d’assistance. Aucune convocation formelle par lettre recommandée n’est exigée pour cet entretien, mais sa tenue doit être documentée.
La rédaction de la convention écrite
L’accord des parties se matérialise obligatoirement par la signature d’une convention écrite en deux exemplaires. L’article R. 1237-1 du Code du travail impose des mentions obligatoires précises :
- La date de signature de la convention par chaque partie
- La date envisagée de rupture du contrat de travail
- Le montant de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle
- L’information sur le délai de rétractation de quinze jours calendaires
- Les modalités de transmission de la demande d’homologation
Le formulaire Cerfa n° 14598 constitue le modèle type de cette convention. Aucun préavis n’est exécuté dans le cadre d’une rupture conventionnelle, la date de rupture étant librement fixée d’un commun accord.
Le délai de rétractation légal
À compter de la signature de la convention, chaque partie dispose d’un délai de rétractation de quinze jours calendaires révolus, incluant tous les jours (ouvrables, non ouvrables, fériés). Ce droit de rétractation s’exerce par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. La rétractation ne nécessite aucune justification et met définitivement fin à la procédure.
La demande d’homologation auprès de la Direccte
Si aucune rétractation n’intervient durant le délai légal, la demande d’homologation doit être adressée à la Direccte (devenue DREETS depuis avril 2021). Cette demande peut être transmise :
| Mode de transmission | Modalités |
| Voie électronique | Téléprocédure sur le site TéléRC (procédure privilégiée) |
| Courrier postal | Envoi recommandé avec accusé de réception |
| Dépôt physique | Remise contre récépissé à l’unité territoriale compétente |
Les délais d’instruction administrative
La Direccte dispose d’un délai d’instruction de quinze jours ouvrables à compter de la réception de la demande complète pour statuer sur l’homologation. L’absence de notification d’une décision dans ce délai vaut homologation tacite de la convention. Ce principe du silence valant acceptation sécurise la procédure pour les parties.
Le contrôle exercé par l’administration
L’administration vérifie que la convention respecte les conditions légales et que le consentement des parties a été donné librement. Elle contrôle notamment :
- La régularité formelle de la convention et la présence des mentions obligatoires
- Le respect du délai de rétractation avant la demande d’homologation
- L’absence de vice du consentement (contrainte, violence, dol)
- Le montant de l’indemnité qui ne peut être inférieur au minimum légal
Les cas de refus d’homologation et les recours
La Direccte peut refuser l’homologation si elle constate une irrégularité dans la procédure, un vice du consentement ou une protection particulière du salarié (grossesse, mandat syndical, arrêt de travail pour accident du travail). La décision de refus doit être motivée et notifiée aux parties par lettre recommandée avec accusé de réception.
En cas de refus d’homologation, les parties disposent de plusieurs options :
- Contester la décision devant le tribunal administratif
- Régulariser la convention en corrigeant les irrégularités constatées
- Déposer une nouvelle demande d’homologation avec une convention modifiée
- Renoncer définitivement à la rupture conventionnelle
La procédure d’homologation garantit la sécurité juridique de la rupture conventionnelle et protège les droits de chaque partie tout en permettant une séparation négociée et encadrée par l’administration.
Indemnités et avantages financiers : calcul et régime fiscal spécifique
La rupture conventionnelle octroie au salarié une indemnité financière dont le montant minimum est réglementé. Cette indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement définie à l’article L. 1234-9 du Code du travail. Le calcul s’établit sur la base d’un quart de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années, puis d’un tiers de mois pour chaque année au-delà. Le salaire de référence retenu correspond à la formule la plus favorable entre la moyenne des douze derniers mois ou celle des trois derniers mois. Les parties peuvent convenir d’un montant supérieur lors de la négociation.
Régime social et fiscal avantageux des indemnités
Le régime fiscal de l’indemnité de rupture conventionnelle s’avère particulièrement favorable. L’exonération de cotisations sociales s’applique dans la limite de deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 82 272 € en 2020. Pour la CSG et la CRDS, l’exonération concerne la part correspondant à l’indemnité légale ou conventionnelle. Au-delà de dix fois le plafond annuel (411 360 € en 2020), les indemnités deviennent assujetties dès le premier euro aux cotisations sociales ainsi qu’à la CSG et CRDS. Cette fiscalité représente un avantage substantiel par rapport à d’autres formes de rémunération classiques.
| Type de rupture | Indemnité minimale | Exonération cotisations | Régime fiscal |
| Rupture conventionnelle | Indemnité légale de licenciement | Jusqu’à 2 PASS | Exonération partielle |
| Licenciement | Indemnité légale | Jusqu’à 2 PASS | Exonération partielle |
| Démission | Aucune | Non applicable | Non applicable |
Autres avantages financiers et droits associés
Le salarié conserve ses droits aux congés payés non pris, qui donnent lieu à une indemnité compensatrice. Bien que le préavis ne soit généralement pas exécuté dans le cadre d’une rupture conventionnelle, il peut faire l’objet d’une indemnisation si les parties en conviennent. La différence avec la démission demeure notable : aucune indemnité n’est versée en cas de départ à l’initiative du salarié. Pour le licenciement, les indemnités suivent les mêmes règles de calcul et bénéficient d’un traitement fiscal similaire. Les primes et gratifications acquises jusqu’à la date de rupture restent dues au salarié. La convention peut prévoir des compléments financiers négociés librement entre l’employeur et le salarié, venant s’ajouter au minimum légal pour faciliter l’accord des deux parties.

Droits du salarié après la rupture : chômage, formation et accompagnement
Les informations concernant les droits au chômage suite à une rupture conventionnelle, les conditions d’attribution de l’ARE, les délais de carence et les démarches administratives auprès de Pôle emploi ne peuvent être vérifiées avec les informations disponibles.
Conditions d’attribution et démarches administratives
Les conditions d’ouverture des droits à l’assurance chômage, notamment les durées minimales d’affiliation, les modalités de calcul du montant de l’allocation, ainsi que les statistiques relatives au retour à l’emploi après une rupture conventionnelle ne peuvent être confirmées avec les informations disponibles.
Dispositifs de formation et d’accompagnement professionnel
Les informations concernant la conservation des droits à la formation professionnelle via le CPF, les possibilités d’abondement, l’accès au Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) et les dispositifs de reconversion tels que le PTP ou l’AFC ne peuvent être vérifiées avec les informations disponibles.
CE Expertises : expertise en droit social et accompagnement des entreprises dans les procédures de rupture
Dans le domaine des restructurations et ruptures du contrat de travail, CE Expertises s’impose comme une référence reconnue pour l’accompagnement des comités sociaux et économiques. Forte d’une expertise approfondie en droit social et en analyse économique, cette structure spécialisée intervient auprès des représentants du personnel confrontés à des projets de ruptures conventionnelles collectives, de plans de sauvegarde de l’emploi ou d’alternatives aux licenciements économiques. Son positionnement privilégie une lecture critique et technique des dossiers de restructuration, permettant aux élus de disposer d’une vision complète des enjeux.
Une méthodologie d’analyse rigoureuse des projets de restructuration
L’expertise de CE Expertises repose sur une démarche méthodique qui commence par le décryptage des motifs économiques avancés par les directions. Les experts auditent les méthodes de quantification des suppressions de postes envisagées, examinent la pertinence de l’organisation cible par rapport aux objectifs économiques déclarés, et évaluent les impacts prévisibles sur les charges de travail. Cette analyse technique s’appuie sur l’examen des données financières, des prévisions d’activité et des ratios de productivité pour déterminer si les mesures envisagées correspondent réellement aux besoins économiques invoqués.
Accompagnement dans la négociation et proposition d’alternatives
Au-delà du diagnostic, CE Expertises accompagne les organisations syndicales durant toutes les phases de négociation des accords majoritaires. Les experts élaborent des scénarios alternatifs aux projets initialement soumis, permettant aux représentants du personnel de disposer de propositions argumentées et chiffrées. Cette capacité à formuler des contre-propositions documentées constitue un atout décisif dans les discussions avec les directions, notamment lors de la négociation des mesures d’accompagnement des salariés concernés par les ruptures. La restitution des analyses et conclusions aux comités s’effectue de manière pédagogique, facilitant ainsi la prise de décision éclairée des élus.

L’essentiel à retenir sur la rupture conventionnelle face aux autres modes de rupture
La rupture conventionnelle s’impose comme une alternative équilibrée entre licenciement et démission, offrant sécurité juridique et avantages financiers aux deux parties. Son développement continu depuis 2008 témoigne de son adaptation aux réalités du marché du travail moderne. L’évolution réglementaire tend vers une simplification des procédures tout en renforçant les protections du salarié, notamment concernant l’homologation et les droits post-rupture.